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Un conte de Noël

A mes petits-enfants

 

 

Un conte de Noël

 

 

                Mes chers enfants, la nuit dernière, il s'est passé une chose merveilleuse.

 

Vous connaissez mon habitude de lire très tard, jusqu'au cœur de la nuit. A lui seul, le silence est déjà reposant. Quant aux livres, ils nous emmènent en voyage ou bien dans le cœur d'histoires mystérieuses, envoûtantes, drôles aussi. Il m'est arrivé de rire, seul, en lisant au milieu de la nuit. Forcément, j'ai réveillé Diane. Vous ne serez pas étonnés de savoir que je me suis fait gronder !  

J'ai parfois bien des difficultés à fermer mon livre. Imagineriez-vous couper un film sans en connaître l'épilogue ? Oui mais voilà, l'horloge du clocher jamais ne s'arrête, elle égrène les heures du sommeil perdu.

J'ai éteint la lampe. Comme vous le savez peut-être, je déteste fermer les volets. Et malgré le gel, nous laissons toujours la fenêtre entrouverte l'hiver. L'été, elle est grande ouverte et parfois une chauve-souris nous rend visite, frôle nos visages d'un vol très rapide puis repart aussi soudainement. Elles sont très utiles ces petite bêtes ailées, et pas du tout agressives.

Mais quand la fenêtre est entrouverte, vous ne pouvez pas savoir tous les bruits que l'on entend. La pluie qui ruisselle sur les ardoises, la cascatelle de la rivière qui chante, les grenouilles, petites rainettes qui coassent, tandis que la chouette chevêche chuinte, et parfois le glapissement d'un renard…

Le grand vent d'ouest s'était levé, celui qui provient de la mer en bourrasques salées. Près de la rivière, les branches nues des aulnes et du tremble bruissaient. Comme la lune était pleine, la clarté pénétrait la chambre et les branches dansaient sur le mur comme sur un écran de cinéma.

Bien au chaud dans le creux de mon lit, j'étais bien et m'endormis très vite.

C'est alors que je fis un rêve très particulier. Vous me direz que les rêves sont toujours plus ou moins fous, déliés de toutes contingences ordinaires. C'est vrai. Voici ce qui se passait.

D'abord il y avait une brume un peu bleutée qui dissimulait tout ce qui m'entourait. Une brume, non, un brouillard qui défilait en écharpes filandreuses. Comme lorsque vous êtes à la montagne, tout en haut et que le brouillard vous enveloppe. Il cache et découvre alternativement des pans de paysages. C'était comme ça. Et puis j'entendais une musique d'abord lointaine, une musique douce et qui se rapprochait. Quelqu'un jouait de la harpe, une flute lui répondait. C'était aussi léger et filandreux que la barbe-à-papa. Et d'un coup d'un seul, j'ai entendu un Ouaf-ouaf joyeux !

Ca alors ! Ça ressemblait à …

J'ai écarquillé les yeux, rien à faire le brouillard était trop épais pour apercevoir qui que ce soit ! Un second ouaf-ouaf m'a interpelé, tout aussi joyeux et j'ai cru reconnaître…

Le brouillard s'est déchiré d'un coup, un seul ! Et j'ai découvert ma vieille chienne, Santé qui bondissait  allègrement sur un nuage et qui m'appelait, et qui me faisait une fête comme jamais fête ne fut aussi belle et réjouissante.

Moi j'étais dans mon lit et pas sur le nuage et d'ailleurs il y avait peut-être un risque à franchir le pas, à poser mon pied sur le nuage. J'étais peut-être trop lourd, et j'allais sûrement traverser le nuage qui ne pourrait supporter mon poids, et j'allais dégringoler, tomber comme un pantin, m'empaler sur la pointe du clocher du village, là-bas, très loin en dessous…

Je n'ai pas réfléchi, Santé m'appelait, j'ai posé mes pieds sur le nuage  Ah mes petits-enfants, quelle démonstration, que d'élans de tendresse, de grandes léchouilles, et sa queue qui fouettait  en démonstrations exubérantes chassait les derniers filaments du brouillard. Serré contre ma chienne, j'ai ouvert les yeux. J'étais dans un monde bleu, un monde ouaté comme du coton.

-       Mais où suis-je ? ai-je demandé.

Je n'ai nullement été étonné que Santé me réponde :

-       Mais tu es au paradis des animaux !

-       Pas possible ! Ça existe ?

-       Et pourquoi pas m'a-t-elle répondu à demi vexée…pourquoi, nous les animaux, n'aurions-nous pas notre paradis ?

-       C'est vrai, ai-je pensé tout haut, pourquoi pas…

Et puis, alors que je caressais avec tendresse ma Saint Bernard bien aimée, j'ai entendu une cavalcade effrénée, à nouveau des ouaf-ouaf frénétiques !

En trois secondes, peut-être quatre je vous l'accorde, ils furent devant moi, tout aussi démonstratifs que Santé, se bousculant, chahutant, cherchant mes mains, les papouilles, les grattages affectueux. Tous mes chiens disparus, Mickey, Tina, Floxi, Santé, Titi, Bahia, tous mes compagnons aimés, tendres et chaleureux se pressaient entre mes jambes. Ils avaient adopté Tess, dernière arrivée au paradis des animaux. Et Tess était aussi joyeuse que le reste de la bande. Elle frétillait de bonheur.

-       J'ai personnellement pris sous ma protection Tess me dit de sa grosse voix Floxi,  le costaud. Tu ne peux pas savoir comme elle a été surprise de découvrir notre paradis ! Elle était quand même un peu triste au début, ses petits maîtres lui manquaient et nous avions oublié de lui montrer comment les retrouver. Il suffit de souffler sur le nuage bleu et dans l'instant nous sommes au côté de nos maîtres. Quand ils ont un chagrin, un souci, une tracasserie quoi, nous sommes là et c'est nous, sans qu'ils le sachent qui les réconfortons, qui les aidons. C'est encore nous qui distribuons la joie, la tendresse, la confiance, l'assistance…

-       Tais-toi gros vantard s'est interposé Tina qui n'avait pas perdu son ventre rebondi, tout le monde sait que nous les animaux, nous ne quittons jamais vraiment nos maîtres, il suffit qu'ils pensent à nous et nous sommes près d'eux en un instant…

J'ai entendu des miaous timides, me suis retourné, les minettes, nos minettes étaient là elles aussi, qui se frottaient dans mes jambes parmi nos compagnons. Et c'était compréhensible, car au paradis des animaux, chats et chiens sont, comme tous les autres pensionnaires, les meilleurs amis du monde.

Je n'avais que deux mains, alors elles allaient de l'un à l'autre, et je crois n'avoir oublié personne. Dans la cacophonie  de Ouah-ouah et de miaous, entre les coups de langue, les élans de joie, les témoignages de tendresse, je m'étais aperçu que Tess tentait de m'entraîner à l'écart. Quand tout ce gentil monde se fut calmé, Tess, à voix basse, me tint ce langage :

- Ecoute, me dit-elle, je suis navrée d'avoir plongé mes yeux dans le grand sommeil juste avant les réjouissances de Noël. D'où je suis, je  vois bien que mes petits maîtres sont malheureux. Et je me désole qu'ils ne  s'aperçoivent pas de ma présence auprès d'eux. C'est magique, ça ne s'explique pas, mais c'est comme ça et c'est vrai. Alors, Papé, je te demande une grande chose. D'ordinaire, les humains ignorent le paradis des animaux. Pourtant il existe, toi tu le vois cette nuit. Veux-tu essayer d'expliquer à Chloé et Hugo où je suis et combien je suis heureuse ? J'ai un panier rose avec quatre nœuds, chaque jour  un os en chocolat, des amis partout, et je ne suis plus malade. Je gambade, je fais la folle, tout va très très bien…

J'ai promis en embrassant  Tess sur le bout de son museau frais. Et comme je ne savais pas très bien comment m'y prendre, j'ai décidé de mettre tous mes petits-enfants dans la confidence.

Ne soyez jamais malheureux mes petits-enfants, le paradis des animaux n'est pas le seul paradis. Ils sont nombreux  mais secrets et se cachent vous savez où ? Dans nos cœurs !

Ah ! Je sais bien, ce n'est pas facile à comprendre. C'est pour cela que l'on va à l'école, et si vous travaillez bien vous découvrirez les paradis dans une section au nom barbare, les professeurs appellent ça de la philosophie. Comme les humains sont compliqués !

Mais je vous confie un dernier secret. Il existe une clef  pour aller au paradis des animaux, et dans tous les autres paradis. Cette clef s'appelle « espérance » et elle est en vous. N'hésitez pas à vous en servir.

 

Comme je me suis réveillé dans mon lit, le soleil frappait à la vitre. Et vous savez quoi ? Je suis certain finalement, de ne pas avoir rêvé. Le paradis des animaux existe bien. Je m'y trouvais la nuit passée.

 

De gros bisous pour un joyeux Noël



20/12/2010
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