levieuxfossile

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Si tous les gars du monde...

Après une chronique dramatique concernant le sort des amis baha’is en Iran, et reprise par le journal Le Monde, j’envisageais de poursuivre mon soutient sous d’autres formes et je projetais d’écrire un article plus léger, en un mot, distrayant sur le blog du vieux fossile.

Las,  l’actualité souvent cruelle enfonce le pouce sur un coin du monde où la misère, depuis longtemps, a fait son lit.

Autant peut-on se rebeller quand la folie des hommes conduit des peuples à souffrir et à désespérer, autant on ne peut que compatir et tenter d’apporter de l’aide quand seule la nature est responsable d’un carnage.

Haïti vit une tragédie. Je ne reviendrai pas sur les images insupportables. Elles nous accablent. Leur seul mérite consiste à piocher dans notre poche pour ouvrir notre porte-monnaie. Le moins que nous puissions faire.

Je me souviens de ce pays luxuriant et montagneux que nous abordions, selon notre provenance, par le détroit de la Jamaïque ou par le passage du vent. Nous laissions à bâbord ou à tribord l’île de la Gonâve puis nous tracions notre sillage en vitesse lente dans la baie de Port-au-Prince. Il y a quarante ans de cela.

Port-au-Prince était une ville grouillante. Les quais, animés toute la nuit, étaient le théâtre de rixes brèves, de palabres enflammées,  de patrouilles armées incessantes, et derrière les docks des filles et même des fillettes se donnaient à même les capots des voitures. Une misère sombre accrue par la dictature de « papa Duvalier ».

Dès que nous franchissions la coupée pour nous rentre à terre, un attroupement de chauffeurs de taxis se formait illico, et nous étions tiraillés par les habits, assaillis de surenchères à qui mieux mieux aux seules fins de nous embarquer dans la tournée des plaisirs, des beuveries, des « boîtes à Vaudou ». Les tontons macoute ramenaient l’ordre à coup de longs bâtons, saisissaient les chauffeurs les mieux « protégés » et nous imposaient leurs choix.

Port-au-Prince ressemblait à d’autres capitales tropicales et caraïbes, la misère apparente en sus. Longues suites de rues bordées d’enseignes hétéroclites ou d’arcades maculées, marchands ambulants misérables, hourvari de musique, de cris, de klaxons, rires et éclats de voix. Mais ce qui la distinguait des autres villes antillaises, c’était la saleté. La terreur palpable. Le dénuement manifeste. La délinquance ubiquiste.

Et pourtant ! Pourtant je ressentais une sorte de tendresse pour cette ville où il semblait que tout pouvait arriver. Derrière le masque terne que donne la misère, des yeux brillaient. Il semblait qu’une seule étincelle aurait suffi pour déclencher la gaîté.  Les meurt-de-faim, en Haïti, portent une rage de vivre qui s’exprime au moindre rythme de méringué.

Voila pourquoi, parmi toutes mes escales antillaises en chapelet qui tressaient une circumnavigation, Port-au-Prince en Haïti et sa voisine jamaïcaine Kingston m’attiraient irrésistiblement.

Aujourd’hui, la capitale Haïtienne porte son calvaire. Tempêtes, ouragans, pluies diluviennes couchant les récoltes avaient semé la disette. Sans attenter aux édifices de la capitale. Il aura suffit d’un tremblement de terre. Il n’y a plus de capitale. Plus de joie dans les regards. Plus de rythme de méringué. Rien. Il n’y a plus rien.

Reste la souffrance. Et des souvenirs.

Et puis, comme un ciel qui s’éclaircit, comme le soleil qui réchauffe, oh ! ne rêvons pas, ou bien alors un bref instant, Les Etats-Unis, les états européens, la Russie, le Japon, la Chine, le Canada, la Jordanie, le Brésil et j’en oublie s’organisent, s’épaulent, adressent sauveteurs, nourriture et dons. Si tous les gars du monde voulaient se donner la main…

 



15/01/2010
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