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Florence...Toscane

F L O R E N C E

 

 

Premier jour :

 

 

            C'était bien cet atterrissage en douceur. Il a mérité les applaudissements des passagers.

 

Dès maintenant, il va falloir marcher, flâner, déambuler, trottiner, piétiner, de préférence côté ombragé des piazzas, dans les ruelles fraîches et abritées.

Quoique… Le ciel est gris, menaçant.

L'hôtel avale nos bagages. Florence nous voici !

 

 

Accompagnés par notre guide interprète Isa, jolie brune au léger accent suisse  -mais d'où sort-elle donc ?-  nous louvoyons de venelles en passages vers la piazza della Signora. La fontaine de Neptune est sagement demeurée là où nous l'avions laissée en 2003. Sous la loggia de la Signora, Cellini, Donatello abritent leurs œuvres à proximité du David de Michel-Ange, ce jeune berger qui sauva son peuple. Alléluia !

 

 

Noyé dans une foule cosmopolite autour du baptistère dont les portes en bronze nécessitèrent des décennies de patience, j'imagine ce que devait être, six siècles auparavant, la piazza San Giovanni. Il est vrai que l'ambiance médiévale rend l'imagination fertile. Chevaux attelés aux charrettes, marchands ambulants, chaises à porteurs, nobles en habits somptueux, manants en guenilles, hallebardiers au pas, diseuses de bonne aventure…

… Et oublions la façade du duomo parée de marbre, pastiche sans talent des siècles passés.

 

 

La nuit s'étend sur Florence illuminée. Et sous les lampions, nous partageons notre premier dîner toscan. L'heure est douce, les crostinis craquètent avant le service des pastas al dente. L'apéritif de bienvenue offert à l'hôtel s'est chargé de la bonne humeur, les lampions habillent de festin notre repas, mère et fille sont belles et joyeuses à croquer.

Viva Italia !

 

Deuxième jour 

 

Nuit paisible à un jet de pierres du Ponto Vecchio. Petit-déjeuner raffiné et pantagruélique. Pour autant, ne nous attardons pas.

Il est, au cœur de la ville, un coin de paradis. Un souvenir que je souhaite rafraîchir. Mais pour cela, il convient d'y accéder avant la cohue touristique. Attardons nous devant le cloître. Se dire qu'ici le temps n'a plus prise. Régler son cœur et son pas à l'émotion, puis gagner à l'étage les cellules du couvent San Marco.

Celles-ci sont enluminées de fresques peintes par Fra Angélico et ses élèves. Ode à la douceur fraîche et heureuse, radieuse et tendre dont la rencontre seule mérite le voyage à Florence.

Voir San Marco puis ne plus rien imposer. Félicité.

 

 

Trombes d'eau, concert au palais Pitti. Shumann est intemporel mais d'accès difficile.

La flânerie est un art auquel je résiste difficilement. D'ailleurs, pourquoi résister ?

Sous une pluie fine, je m'engage sans hâte comme l'on se perd dans un dédale, semant les émanations de ma pipe au gré du hasard. La vieille cité a disséminé des palais et des églises dans un lacis où vaquent des livreurs en triporteurs. Des groupes de touristes camouflés sous des vestes de pluie transparentes et multicolores s'empressent à un rythme effréné. Ailleurs, des arcades servent d'abris. Et moi je vais d'un pas badaud, sérénité.

Nous nous retrouvons pour visiter une infime partie de la Galerie des Offices. Les visites, selon nous, doivent s'effectuer à un rythme lent aussi avons-nous privilégié les primitifs toscans dont l'émouvante madone d'Ognissanti de Giotto rompt avec la raideur bysantine, mais aussi le Duccio et Taddeo Gaddi notamment.

 

 

Sciemment nous ignorons les maîtres de la renaissance et les maniéristes, objets d'un prochain voyage, notre but n'étant autre que de nous émouvoir sans précipitation.

Un élégant dîner clôt notre seconde journée florentine.

 

Troisième jour

 

Passé Sienne, nous musardons sur de petites routes aériennes qui déploient un paysage d'une infinie douceur. Délicates collines couronnées de villas et de cyprès, vallons mystérieux, villages escarpés, apparitions de campaniles, champs immenses ondoyants, vignes soignées, soleil et nuages jouent à déplacer les ombres.

 

 

A quelques kilomètres de Montalcino, sommeille dans un vallon l'abbaye San Antimo. Peut-être la plus belle révélation de notre voyage.

Imaginez au creux d'un vallon tapissé de fleurs sauvages une sereine église d'un roman très pur. Dans le silence recueilli, les hirondelles tracent des arabesques. Deux faisans se répondent dans les vignes voisines. Nul éclat de voix. L'eau qui chuchote jaillit quelque part dans les buissons proches.

L'intérieur de l'abbatiale, sobre et élancée, invite à la méditation. Les murs en travertin et les chapiteaux d'albâtre prennent une légèreté extraordinaire sous l'effet de la lumière. Je suis sorti groggy par tant de pureté.

 

   

 

Bien sûr, il n'est pas question de quitter la région de Montalcino sans évoquer le vin. Ici, on produit le Brunello. Un vin de garde d'une qualité exceptionnelle, comparable aux grands crus français.

Le Brunello exige un long vieillissement, 4 ans en tonneaux de chêne, autant en bouteille. Oui mais alors quels arômes intenses et pourtant délicats, quel velouté !

 

 

Nous abuserons  -un peu-  de Montepuciano, autre vin de qualité,  lors du dîner ce qui rendra notre repas, crostini di fegatini (foie de volaille), pasta e fagioli (pâtes et haricots blancs), charcuteries aromatisées au fenouil, sanglier à la polenta, gai comme devrait être la vie.

 

Quatrième jour

 

Toscane toujours. Diane rêve de jardins italiens, Isabelle de villas somptueuses, conjuguons les deux dans la campagne florentine.

Bien entendu, nous quittons Florence par Fiesole. C'est dimanche, la fanfare se bat avec le déchiffrage des partitions sur la terrasse dominant le marché aux fleurs. Florilège de couleurs. Gens heureux sous le grand ciel bleu, terrasses de cafés accueillantes pour un minuscule ristretto. Le tour pédestre de Fiesole par le chemin de ronde est spectaculaire autant que délicieux sous la chaleur retrouvée. Et puis la foule reprend en choeur la Fratelli d'Italia, l'hymne national, et c'est émouvant un peuple qui chante avec fierté.

 

 

Des petites routes, mine de rien, nous conduisent à la villa Petraia. Si le jardin nous déçoit, en revanche la villa réserve une très agréable et inattendue visite.

 

 

L'après-midi s'étire à la recherche d'autres villas.

Dîner de rêve chez Napoléon piazza del Carmine. Lumières tamisées, ambiance caressante, éblouissantes jeunes femmes élégantes et les meilleures pastas vongole jamais goûtées. Une chimère uniquement possible à Florence.

Nuit douce comme elles le sont toutes ici. Aussi, je ne me refuse aucun luxe, comme celui d'enfourcher un bolide italien :

 

 

 

Cinquième jour

 

En venant du Ponto Vecchio, le quartier des artisans abrite des ateliers sans prétention, restaurateurs de cadres, réparateurs d'horloges, ébénistes, gantiers, bourreliers, relieurs. Le marché, piazza Santo Spirito est populaire, animé, il réserve aussi d'inattendues surprises :

 

             

 

L'église du même nom est d'une belle ordonnance, elle réunit aussi des oeuvres de qualité.

Traversant l'Arno en sens contraire, nous nous rendons à Santa Maria Novella dont la façade est incrustée de marbres polychromes. L'intérieur exaltant l'espace, la lumière et la sobriété propose des fresques exceptionnelles dûes à Ghirlandaio et à Flippino Lippi. C'est pourtant une émotion rare qui me retient longuement devant un crucifix en bois de Brunelleschi d'un extraordinaire réalisme. Lu par la suite que, découvrant ce crucifix épuré, Donatello se serait écrié : A côté de celui-ci, mon Christ n'est qu'un paysan crucifié.

 

 

Nous découvrons aujourd'hui ce qui retient Isabelle à Florence.

Au sein de la clôture de l'église Santa Croce, la plus riche des églises de Florence en oeuvres d'art et que l'heure tardive nous empêche de visiter, nous faisons connaissance avec l'école du cuir où étudie Isa. A l'heure de la sortie des classes, nous attendons l'élève avec le petit goûter. Et l'élève nous dirige dans les ateliers de fabrication. Ces artisans sont des maîtres mondialement reconnus. Odeur de cuir et de colle. Bonheur des yeux.

 

 

 

L'art de vivre florentin, c'est aussi déposer dans notre chambre, sur un plateau d'argent, une bouteille de champagne pour fêter l'anniversaire de Diane. Rien n'échappe aux hôteliers, pas même les dates de naissance sur les passeports. C'est donc l'occasion de commencer la fête et de la poursuivre dans une trattoria recommandée. Ainsi, pour la nième fois, avec une patience angélique, Isabelle nous traduit carte et menus.

 

Sixième jour

 

Dans la galerie de l'Académie, par une heure matinale, les captifs de Michel-Ange demeurent prisonniers des blocs de marbre.

Oeuvres inachevées, exaltant un irrépréssible élan de liberté, elles traduisent la glorification de la matière dont était capable Michel-Ange

 

 

Et si je souhaitais ardemment, lors de notre seconde journée, voir comme en 2003 San Marco et ne plus rien imposer, Diane professait un souhait identique concernant les prigioni (captifs) crées par Michel-Ange.

La boucle était bouclée.

Restait une flânerie solitaire et mélancolique dans les rues de la cité. Tant de beautés magnifient un séjour. Mais les ruelles tortueuses et encombrées, petites échoppes, modestes personnes, laissent au coeur une langueur que seul l'espoir d'une prochaine visite peut guérir.

 

 

 

 

Dans le vrombissement des réacteurs...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



04/05/2010
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