levieuxfossile

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Extrait "Itinéraire d'un s.d.f."

"...Et puis, le trente mai, c'était un lundi où le jour et la nuit s'étaient rencontrés en des habits crépusculaires flamboyants, j'arrivais à l'appartement , ma valise à la main, quand je découvris ma porte condamnée par des scellés.

J'étais devenu un SDF.

J'accueille cette catastrophe avec calme. Nulle résignation. Nulle chape en plomb sur mes épaules mais au contraire, devant cette porte interdite qui paraît clore mon passé, je ressens un étrange soulagement qui me rend plus léger que l'air. Comme une liberté sauvage. Comme un abandon, celui de mon identité.

Une épreuve nouvelle commence : lutter pour défendre sa propre vie. C'est peut-être à cela que je dois cette sorte de joie sauvage qui sourd en moi. Je m'éloigne à jamais de l'escalier du quarante et un rue St. Jacques. J'abandonne une identité, une histoire, un passé.

Je décide de dormir dans la voiture au réservoir vide. Evidemment, je me romps le dos dans une position inconfortable. Moult bruits m'alertent, pétarades de mobylettes, voitures qui ralentissent, pas qui claquent dans la rue, les réverbères aussi me gênent. Au petit jour, la fraîcheur me glace. Trouver un foyer devient urgent.

J'ignorais ce que fût "un chemin de croix". Le mien s'amorce, valise à bout de bras, par le quai de l'Yser, long désert pavé. Je poursuis mon chemin d'exil en rasant les docks fermés et silencieux du quai Frissard. La rue des Briquetiers, plus discrète que le boulevard d'Harfleur, prolonge mon chemin de souffrance. La valise se fait plus lourde, les haltes plus fréquentes.

Le ciel s'est lavé dans une matinée brumeuse, il brûle à présent et ma chemise colle à la peau. Rue Gustave Brindeau, rue Gustave Nicolle, rues industrieuses, rues sinistres, rues rouge brique, fumées noires, rails rouillés, rues de hauts murs sales et déprimants, rue de la Vallée, enfin, est-ce le terme du calvaire ?

Elle porte une jupe bleu marine, un chemisier blanc avec un "S" rouge brodé sur le col. Mon indigence n'est pas trop apparente contrairement aux regards fuyants que je rencontre ici. La misère fait baisser les yeux. Et les habits trop courts ou trop larges habillent la misère.

..."

Extrait de Itinéraire d'un s.d.f. Editions CLC

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05/11/2009
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