levieuxfossile

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Blanc sur noir

Ecrits blancs sur fond noir

 

 

Amis, m’en voudriez-vous si je vous avouais avoir parfois envie d’écrire des mots sans conséquence ? Des mots aériens, des phrases courtes plus légères que l’air ? Des noms sans importance, des verbes à une ou deux syllabes pour ne pas fatiguer, des adjectifs humbles et sereins, ce serait bien, non ? Cette écriture n’aurait-elle-même aucune influence, aucun poids, aucun objet, hormis distraire en suivant des yeux la fuite des nuages. Telles les rimes d’un poète heureux. Pluie douce, ciel tendre, trilles d’un oiseau, bourdonnement d’un insecte. Un mixage de Paul Jean Toulet et de Francis Jammes quand ils étaient des rêveurs béats.

Comme François, le poverello d’Assise qui louait la fleur, le loup, les oiseaux dans ses élans mystiques.

Ecrire pour le plaisir d’un assemblage ou bien pour le bonheur de mots échappés, de mots libres, mais écrire pour ne rien dire, ignorer.

Des mots plume, des mots duvet qui se poseraient sur la rose ou le lilas. Des mots bulle qui s’élèveraient dans les frondaisons fraîches, ou bien qui glisseraient au fil de l’onde.

Des bulles translucides, pures, cristallines.

J’écrirais ces mots, amis, à l’abri du monde et de sa fureur. Sans souci, sans colère, sans indignation.

Et je ferai un centenaire.

C’est comme cela que vivent les poètes libres et chanceux. Dans un beau jardin parfumé. Au creux d’un campagne verdoyante où les bœufs gras paissent à l’ombre des berges. Au rythme lent des travaux des champs, orchestrés par les angélus.

Bah oui ! Mais tout ceci est révolu. Il court, il court le monde, et les poètes sont souvent désespérés.

Alors les mots bulle, les mots plume et duvet ? Laissez-moi vous les offrir, le temps d’une respiration, avant de dénoncer à nouveau les turpitudes agressives de ce monde en mouvement.

 

 

Ecrits noirs sur fond blanc

 

 

Lorsque l’homme parut sur terre, le monde était nu, originel. Dès cet instant, il devint rude et cruel. Plus vif que son ombre dès qu’il s’agit de profiter, humilier, asservir, l’homme établit la loi du plus fort, du plus menteur, du plus vorace. Rien ne lui résiste, le rival, la nature, la vie.

Les siècles ont défilé célébrant la gloire et l’envie. Les génocides se sont succédés, féroces et sanguinaires, les cataclysmes sont apparus sous l’effet des destructions.

A la barbarie succèdent l’arrogance et la bêtise.

Bien sûr, des hommes, des femmes, plus éclairés, se sont élevés. Difficilement parce que le mal étouffe. Comme les hommes ne sont pas à une contradiction près, entre deux exterminations, ils exaltent la mémoire de ces sages. Heureux temps où l’argent mal gagné sert aux cérémonies grandiloquentes.

Au fil des pages, histoire et civilisation, j’allais écrire « au fil de l’épée », nous ne pouvons douter un instant que l’homme est un tyran.

Et pourtant.

Voyez comme les perce-neiges défient le froid hiémal. Petites clochettes blanches perdues dans l’immensité. Image de l’humilité mais image de vie.

Alors il n’est pas interdit d’espérer.

Il suffirait qu’un jour chacun d’entre nous écoute le silence. Seul le silence précéda l’éclosion du monde. Lutter contre sa propre surdité pour retrouver le chant du silence.

Ce chant énergique qui provoque les interrogations. Sans quoi l’humain n’est plus qu’un robot déréglé.



28/02/2010
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